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 Syrie An 13, chronique de la guerre périphérique… entre Oceania et Eurasia

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عدد المساهمات : 2826
تاريخ التسجيل : 24/01/2010

مُساهمةموضوع: Syrie An 13, chronique de la guerre périphérique… entre Oceania et Eurasia   الجمعة 18 يناير 2013 - 12:58

Syrie An 13, chronique de la guerre périphérique
entre Oceania et Eurasia


Nous sommes en guerre, ne l’oublions pas. Une
guerre qui à chaque instant peut embraser la poudrière proche-orientale.
Conflit dont l’onde de choc pourrait se propager jusqu’à nos rivages.
Seul la Méditerranée nous sépare en effet des zones de guerre vive. Or
nul de sait comment une Europe incertaine, ébranlée par une crise
sociétale sans précédent, serait amenée à réagir ? Tous les cas de
figures sont possibles et dans une telle conjoncture, le meilleur est
rarement aussi probable que le pire ! Cela même si la Maison-Blanche
vient de nommer le Républicain Chuck Hagel au poste de Secrétaire à la
Défense. Ce conservateur qui préfère le dialogue à la menace, n’a certes
pas l’heur de plaire aux va-t’en-guerre de Tel-Aviv et à leurs
comparses de Washington, tous prompts à l’invective. Cependant quelque
chose semble pouvoir changer… jusqu’à ce qu’une nouvelle provocation, un
nouveau massacre d’enfants ne vienne renverser la tendance. Telle est notre crainte.



Dimanche 6 janvier 2013, au 21e mois d’une guerre civile alimentée
par une coalition associant les États-Unis, la Ligue arabe et l’Otan, le
président syrien el-Assad prononçait son premier discours public depuis
le 3 juin dernier lorsqu’il s’était exprimé devant son Parlement.
Discours raisonnable dans lequel il propose aujourd’hui un plan de paix
“politique“ négocié avec les oppositions tant intérieures qu’extérieure,
un processus de renouvellement législatif « selon les termes de la Constitution »…
mais un plan impliquant son maintien au pouvoir, ce que rejettent
catégoriquement tous ceux dont les ambitions et les appétits convergent
pour l’éliminer. En fait el-Assad, et c’est là son plus grand tort, ne
veut ni plus ni moins que bénéficier en 2014 de la possibilité d’être
lui-même candidat à sa propre succession.

Trois étapes pour un retour à l’ordre et à la paix civile

El-Assad tout en refusant de négocier avec « des gangs terroristes qui prennent leurs ordres de l’étranger »
propose trois étapes pour rétablir le calme et la sécurité sur le
territoire syrien. Ce qui ne pourra se faire évidemment sans un
engagement de la part des États soutenant et finançant le “terrorisme“,
de cesser ces pratiques hostiles. À ce moment seulement, l’armée
syrienne mettra un terme à ses opérations, cependant « tout en conservant le droit de répliquer »… Ce qui semble bien la moindre des choses. Ces conditions remplies, pourra alors s’ouvrir « une conférence de dialogue et de réconciliation nationale ». Conférence qui se verra confier la mission de rédiger une « Charte
nationale » ultérieurement soumise à référendum, tandis qu’un nouveau
Parlement et un nouveau gouvernement seront appelés à sortir des urnes…

Bref, rien que très raisonnable dans tout cela qui s’est malgré tout
heurté sans surprise à un refus intransigeant de tout compromis de la
part des oppositions, attitude évidemment reprise par Washington où le
discours de M. Assad est considéré comme « une nouvelle tentative du régime pour s’accrocher au pouvoir... et une initiative déconnectée de la réalité » [AFP 7 janv]. À Téhéran, autre son de cloche : « La République islamique soutient l’initiative du président Assad pour une solution globale de la crise » tout en appelant tous les protagonistes impliqués dans le conflit ainsi que la Communauté internationale à « saisir
l’occasion offerte pas ce plan de rétablir la sécurité et la stabilité
en Syrie afin d’éviter l’extension de la crise à la Région
».

Mais apparemment le reste du monde - hormis la Russie - s’est donné
la mot pour repousser la main tendue par la présidence syrienne…
l’opposition intérieure représentée par le Comité de coordination pour
le changement national et démocratique ayant à son tour récusé ce lundi
toute participation à ce dialogue national auquel elle vient pourtant
d’être conviée [Damas AFP 7 janv]… « Nous ne participerons pas au
dialogue national avant l’arrêt des violences, la libération des
détenus, la garantie que l’aide humanitaire peut parvenir aux régions
touchées et que soit apporté des éclaircissements relatifs aux sort des
disparus
» dixit Hassan Abdel Azim, chef du CCCND, à l’occasion d’une conférence de presse à Damas. « Toute
négociation, et pas seulement le dialogue, doit se placer sous l’égide
de l’envoyé spécial des Nations Unies et de la Ligue arabe [Lakhdar
Brahimi] car il n’y aura pas de négociation ou de dialogue directs entre
nous et le régime
». C’est bien ce qui s’appelle une fin de non-recevoir… de la part d’un homme à l’évidence épris de paix et de progrès !

À Paris, le Quai d’Orsay fait servilement écho au Département d’État et dénonce un « déni de réalité » de la part du président el-Assad… « Les propos de Bachar el-Assad illustrent à nouveau le déni de réalité dans
lequel il s’est muré pour justifier la répression du peuple syrien… Ces
déclarations qui interviennent peu après la publication par les Nations
unies d’un rapport mettant en lumière les exactions commises par son
clan, ne trompent personne… Le départ de Bachar el-Assad reste une
condition incontournable de la transition politique
» ! Quant au Foreign Office, il juge que ce discours va « au-delà de l’hypocrisie », parce que comme toujours, l’Hôpital se moque de la Charité.

Enfin le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies
déclare disposer désormais d’une liste de 59.648 personnes tuées en
Syrie depuis le début du conflit en mars 2011 jusqu’à novembre 2012 [AFP
7 janv]. Or comme le dit si bien Louis Denghien « Comment être si
précis quand presque toutes les catégories de victimes sont l’enjeu de
propagandes adverses : le nombre de soldats et policiers tués en service
n’est pas le même selon le gouvernement et l’Observatoire syrien des
droits de l’homme. Lequel OSDH continue d’injecter la plupart des
combattants rebelles tués dans la rubrique “civils“ de ses bilans sous
prétexte qu’ils ne sont pas des déserteurs de l’armée. Quid aussi des
vraies victimes civiles de la rébellion de plus en plus nombreuses ? Et
où sont, dans ces chiffres, les combattants rebelles venus de l’étranger
dont le nombre lui aussi a crû exponentiellement en 2012 ? Et celui des
personnes disparues et/ou enlevées ?
» [Info Syrie 3 janv]. De
bonnes questions qui n’intéressent pas à l’évidence les rapporteurs des
Nations Unies qui préfèrent imputer la seule responsabilité du régime les morts de tous bords.

Guerre inexpiable et conflit international de basse intensité

D’après DEBKAfile [2 janv 2013] et à Londres le quotidien Al-Qods
al-Arabi, des responsables israéliens de Tsahal se concertent
régulièrement en Jordanie avec des chefs rebelles syriens… autant dire
des chefs de katibas d’Al Nosra puis que l’Armée syrienne libre - ASL -
ne compte que pour du beurre. Ceci sans doute dans la perspective d’une
éventuelle opération israélo-américaine visant à protéger les collines
du Golan, occupé en 1967 et annexé en décembre 1981… et aussi,
peut-être, à neutraliser d’éventuelles réserves d’armes chimiques de
l’armée syriennes. D’invérifiables “sources émanant des renseignements
européens, dont certaines françaises et russes“ selon le site
communautariste, auraient “révélé des affrontements nocturnes entre
forces spéciales américaines, jordaniennes, israéliennes et des rebelles
syriens d’une part et forces spéciales syriennes d’autre part“ chacune
s’efforçant d’acquérir ou de conserver le contrôle de secteurs
frontaliers d’intérêt stratégique… pour le cas où “le conflit syrien
déborderait à l’extérieur des frontières“, autrement dit s’étendrait en
impliquant le voisinage, Jordanie et Israël pour ne pas les nommer.

Toujours suivant DEBKA qui n’a aucun intérêt à trop en dire, “au
moins cinq camps en Jordanie servent à l’entrainement d’unités d’élite
de l’opposition syrienne, formation supervisée par des instructeurs
militaires britanniques, français, tchèques et polonais
“. Excusez du
peu ! C’est dire que l’Union européenne, peu ou prou, se trouve
profondément engagé dans un conflit auquel elle est officiellement
étrangère. Étrange démocratie que la nôtre où les décisions les plus
graves se prennent dans l’intransparence la plus totale.

Il s’agirait entre autres de maintenir la frontière ouverte pour les
combattants du camp de Zaatari en territoire jordanien - lequel
accueille quelques 60 000 “réfugiés“ – ainsi que d’assurer la protection
des voies de transit des armes destinées à l’insurrection… « la
police des frontières syrienne ayant saisi récemment une vaste quantité
d’armes, certaines de fabrication israélienne, destinées à l’armée
syrienne libre de la ville de Deraa
» ! Les choses sont claires,
n’est-ce pas ? À côté de cela, sur les plateaux de télévision, les mêmes
journalistes continueront à vous dire, la main sur le cœur, que la
révolte est strictement syrienne, sans aide extérieure et qu’elle se
meurt de ne pas recevoir d’armes de la part d’une Communauté
internationale assez égoïste pour laisser égorger le peuple de Syrie par
les milices de Damas… À chacun son credo !

En outre, contrairement à ce que les médias voudraient nous faire
accroire par leur silence, la question des armes chimiques syriennes n’a
pas du tout été oubliée et constitue toujours, potentiellement, un
prétexte de choix à une entrée des Atlanto-islamistes dans la danse.
Ainsi “les forces spéciales américaines, Tsahal et les armées turques et jordaniennes“ attendent le doigt sur la queue de détente “qu’Assad donne l’ordre aux chefs de son armée de lancer une offensive chimique sur les concentrations de troupes rebelles“ en Syrie ou dans les pays voisins… “Les camps d’entraînement des rebelles en Jordanie apparaissant comme les premières cibles probables
des forces assadiennes. Effectivement, le dos au mur, le régime pourra
être tenté de recourir à des armes redoutables que la morale réprouve
mais auxquelles les Anglais furent les premiers à recourir dans la
région, en l’occurrence « le général Allenby en 1917 contre les Turcs dans le Sinaï » [Robert Fisk -The Independent 8déc2012]. Un bon exemple à suivre ?

Protocole de Doha

Ce dont nos médias si moraux donc ne parlent jamais, est bien de
savoir à quelle sauce sera mangée la Syrie. Pour cela il suffit de se
reporter à la “feuille de route“ en treize points connue sous le doux
nom de « Protocole de Doha » adoptée en marge de la 18e Conférence
internationale sur le climat [Alger - L’Expression 6 déc 2012]. Cela
sous le parrainage de l’Émir du Qatar, Cheikh Hamad bin Jassim bin Jaber
al-Thani, de toute évidence l’homme fort de la Péninsule arabique et
l’interlocuteur privilégié de la superpuissance euratlantique.

La finalité ? Elle est fort simple. Sous couvert d’évincer le “clan
Assad“ au pouvoir – la famille Assad s’est imposée à l’origine contre
d’autres composantes alaouites – il s’agit de faire disparaître la Syrie
en tant qu’État national souverain, comme ce fut le cas pour la
Fédération yougoslave, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye… Ceci par le
truchement de forces mercenaires et de fanatiques “venus de nombreux
pays arabes, d’Afghanistan, de Somalie ou du Pakistan, bien armées qui
déciment la population civile syrienne et se battent contre l’armée aux
côtés d’une poignée de déserteurs“. À Doha donc, après avoir restructuré
l’opposition syrienne en la dotant d’un semblant d’unité et de
visibilité - opposition créée de toutes pièces à Istambul le 1er oct.
2011 par la France, le Qatar et les États-Unis et la Turquie - il s’est
agi de tracer sa ligne de conduite. Autrement dit l’encadrer et pour ce
faire, établir un cahier des charges afin de fixer ses objectifs…
assignés en fonction des attentes lancinantes et des besoins pressants
de ses commanditaires et bailleurs de fonds.

À savoir : à l’issue du processus démocratique l’armée syrienne
devra avoir disparue, réduite à la portion congure, c’est-à-dire à moins
de 50 000 personnels (l’équivalent de l’armée française bonne à tout
faire !) ; la Syrie s’engage à ne faire valoir ses droits sur le Golan
que par des moyens exclusivement politiques, les deux parties,
israélienne et syrienne, devant parvenir (à la Saint Glinglin ?) à la
signature d’accords de paix sous l’égide des États-Unis et du Qatar ; en
outre, la Syrie détruira sous la supervision des États-Unis, la
totalité de ses armes chimiques, bactériologiques et de ses missiles ;
renoncement définitif au profit de la Turquie du Sandjak d’Alexandrette
et de certains villages Turkmènes dans les provinces d’Alep et d’Idlib ;
le Parti des travailleurs du Kurdistan étant inscrit au nombre des
organisations terroristes, expulsion de tous les membres du PKK, parmi
lesquels ceux qui font l’objet de poursuites seront livrés au bras
séculier turc ; annulation de tout accord et convention signés avec la
Russie et la Chine dans les domaines de la recherche ou l’exploitation
des hydrocarbures et de l’armement ; autoriser le passage à travers le
territoire syrien d’un gazoduc qatari à destination de la Turquie et de
l’Europe ; de la même façon permettre le transit des aqueducs provenant
du barrage Atatürk au profit d’Israël ; exclusivité des chantiers de
reconstruction de la Syrie dévastée accordée au Qatar et aux Émirats
arabes unis qui détiendront également le monopole de l’exploitation des
gisements de pétrole et de gaz syriens ; gel immédiat des relations avec
l’Iran, la Russie et la Chine ; rupture des relations avec Hezbollah et
les mouvements de résistance palestinienne ; le nouveau régime syrien
sera islamique modéré et non “islamiste“… Protocole devant entrer en
vigueur dès la prise du pouvoir par l’opposition adoubée par son
Excellence Jaber al-Thani.

En tout état de cause, nous avons là un résumé assez saisissant des
raisons et motifs, géoéconomiques et géopolitiques de l’acharnement des
puissances coalisées contre la malheureuse Syrie. Puissances qui se
comportent comme des bandits de grands chemins sous l’ahurissant et
ignominieux prétexte de la “morale“ et des “droits humains“. On
comprends d’ailleurs que ce type d’information sorte prioritairement
dans la presse d’un pays comme l’Algérie auquel un tel catalogue - à
quelques détails géographiques près ! - pourrait finalement s’appliquer.
De sombres nuées ne sont-elles pas en train de s’accumuler au sud du
Sahara, au Mali par exemple ? Orage islamiste qui pourraient bien
déferler quelque jour sur le nord. Alger serre les fesses, et à juste titre !

Le dépeçage de la Syrie

Encore “qu’avant de vendre la peau de l’ours“ faut-il déjà l’avoir
tué. La détermination et le sang froid d’el-Assad laissent augurer que
la chose ne sera pas facile. En juin dernier le Jerusalem Post évoquait
avec précision un “agenda“ - un plan - secret israélo-américain se
donnant pour objet le démantèlement territorial de la Syrie1. Une
réédition en quelque sorte des accords Sykes-Picot signés le 16 mai 1916
par Londres et Paris avec l’assentiment de Rome et de Moscou en vu d’un
partage de l’Empire ottoman à la fin des hostilités. Le texte de ces
accords sera transmis en janvier 1918 à la Sublime Porte par les bons
soins les révolutionnaires bolchéviques qui se sont aussitôt saisis des
archives diplomatiques tsaristes.

Par une singulière coïncidence c’est justement le 16 mai 2012, dans
un article signé par un certain Jonathan Spyer(2) - toujours dans le
Jerusalem Post mais un siècle moins quatre ans plus tard - qu’un : « Un politicien kurde chevronné en appelle à Israël pour soutenir l’éclatement de la Syrie » !
Sherkoh Abbas, président de l’Assemblée Nationale Kurde de Syrie - ANK -
dont le siège se trouve aux États-Unis, y sollicite en effet l’État
hébreu afin qu’il soutienne un processus de partition de la Syrie sur
une base ethnoconfessionnelle… ceci aboutissant à la formation d’entités
politiques relativement autonomes, sunnites, alaouites, kurdes et
druzes. Écoutons Michel Chossudovsky : « La balkanisation de la
République Arabe Syrienne doit être menée à bien en soutenant des
divisions sectaires qui conduiront éventuellement à une guerre civile
sur le modèle de l’ancienne Yougoslavie
». Vaste programme !

À ce propos, encore selon Chossudovsky, des entretiens auraient eu
lieu en mai 2012 au Département d’État entre des représentants du
Conseil National Kurde, Robert Stephen Ford, dernier ambassadeur
américain en poste à Damas, et Jeffrey Feltman, Secrétaire d’État
adjoint pour le Proche Orient. Les trois hommes jouent ou ont joué un
rôle déterminant dans l’aide à la rébellion et entretiennent des liens
soutenus avec l’Armée Syrienne Libre (ASL) et le Conseil National
Syrien, créé par ses bons soins le 15 sept. 2011, CNS qui, en raison de
son impotence, devait se fondre le 11 novembre dernier à Doha au sein
d’une Coalition nationale des forces de l’opposition et de la
révolution… et ce de manière très opportune afin de lui faire avaliser
le fameux “Protocole“ susmentionné.

Notons que les positions adoptées par Sherkoh Abbas sont loin de
refléter ou de repésenter les vues des quatre ou cinq cent mille Kurdes
que compte la Syrie. Lesquels s’efforcent jusqu’à présent de se tenir à
l’écart des combats, quand ils n’interviennent pas eux-mêmes aux côtés
des forces loyalistes. Un “Grand Kurdistan“ est un rêve immémorial pour
les Kurdes qui l’ont historiquement laissé à plusieurs reprises
s’échapper de leurs mains, notamment quand

le Kurde Salâh ad-Dîn - Saladin - eut les moyens au XIIe siècle leur
donner ce royaume tant désiré. Au demeurant, lorsque l’ont veut diriger
les hommes, il faut savoir à bon escient manier leurs rêves et leurs
espoirs. Or si l’Administration américaine fait miroiter une part de
rêve aux Kurdes compradores, en réalité, elle se bat l’œil des
aspirations d’indépendance de la Nation kurde, ce qu’il veut c’est
« aider l’opposition kurde à construire une opposition plus cohérente
contre Assad ». Là est le fin mot : faire tomber le régime !

Si donc « Grand Kurdistan » il devait y avoir, ce serait à
l’évidence au détriment premier de la Turquie. Même si nul n’en parle
mais le sujet est à l’étude et depuis de longues années, mais il n’est
pas la priorité. Un projet qu’il faut resituer dans un ensemble plus
vaste, celui du remodelage général de l’Orient islamique. Ce plan se
nomme “Initiative Greater Middle East“ et nous le voyons en ce moment
même se réaliser sous nos yeux, étape après étape, pays après pays,
guerre après guerre. Le résultat n’étant malgré tout guère convaincant –
des champs de ruines, des nations et des économies dévastées ! - sauf
peut-être pour l’État hébreu qui voit son périmètre de sécurité
s’élargir à chaque fois que les missiles et les bombardiers de
Washington sèment le chaos ? Reste que ce Grand Kurdistan n’est pas
vraiment à l’ordre du jour, d’abord la chute de Damas, il sera bien
temps de voir après la victoire sur l’Axe du Mal. Un concept non encore abrogé ?!

Escalade et guerre élargie au Proche-Orient

Le 14 déc. 2012, Leon Panetta, Secrétaire américain à la Défense
signait l’ordre de déploiement au sud de la Turquie deS 400 servants de
deux systèmes sol-air Patriot. « Les États-Unis doivent aider la Turquie
à se défendre contre des frappes syriennes et l’extension des combats
entre le gouvernement et les rebelles en territoire turc [CNN]… Le but
de ce déploiement est de manifester clairement que les États-Unis, en
collaboration étroite avec nos alliés de l’Otan, défendront la Turquie
en toutes circonstances » [site officiel de l’US Air Force 14 déc].
Ajoutons que d’autres batteries de missiles - allemandes et hollandaises
-viendront compléter un dispositif opérationnel en principe vers la fin
janvier. La déclaration officielle du Pentagone ne mentionne pas bien
entendu que cette concentration de missiles anti-missiles ne cible pas
uniquement la Syrie, mais vise à établir une ligne de défense avancée du
territoire israélien en cas de conflit régional comme le suggère le
prépositionnement depuis 2010 au Koweït, au Qatar, aux Émirats arabes
unis et au Bahreïn de “Patriot“ ciblant l’Iran. Peu à peu l’échiquier de
la guerre régionale se met ainsi en place. Notons à ce propos que ces
déploiements, spécifiquement en Turquie, font face - ou font pièce – aux
systèmes anti-aériens servis pas des conseillers russes en Syrie. Ce
n’est pas le lieu de revenir ci sur le bouclier anti-missile que les
États-Unis installent en Europe orientale et en Mer Baltique (ligne de
guerre balistique à laquelle le président Hollande a cru bon d’associer
la France, merci à lui !), cependant chacun conviendra que les
différentes pièces du puzzle ne prennent sens que considérées
simultanément, toutes ensemble.

Si les Russes ont effectivement (?) déployé de leur côté des
missiles d’interception hypersonniques S300 en Syrie, l’on comprendra
aisément que nous assistons à une réelle escalade à bas bruit. Les
États-Unis - au pied de leur vertigineuse falaise d’endettement de
quelque 20 mille milliards de $ - trouvent apparemment encore les moyens
de préparer de rudes confrontations… parce qu’inéluctablement, au
poker, vient un moment où, volens nolens, il faut abattre ses cartes !
La guerre de Syrie est depuis le départ une guerre de l’Otan, soit une
guerre occidentaliste destinée à battre en brèche les dernières
positions de l’ex Union soviétique ou en tout état de cause, d’empêcher
la nouvelle Russie de retrouver les positions perdues. Las le régime
syrien ne s’est pas effondré comme il eut dû le faire, le temps passe et
sauf à choisir l’issue d’une sortie négociée de cette crise, les
semaines et les mois font inéluctablement, mécaniquement monter les enjeux et les risques.

Les déploiements de “Patriot“, mais pas seulement, le prolongement
du conflit syrien, la menace du recours à la guerre chimique, entrainent
en effet une surenchère et une militarisation croissante de la Région :
des troupes américaines et leurs postes de commandement sont maintenant
établis en Jordanie et en Israël et se trouvent étroitement coordonnés
avec les dispositifs militaire encerclant l’Iran… et avec ceux de
l’Armée de Défense d’Israël comme cela a été révélé en octobre 2012 à
l’occasion des manœuvres anti-balistiques israélo-américaines conduite
dans le désert du Néguev*. Chacun aura compris au bout du compte que les
moyens de défense sont d’usage biunivoque et par conséquent sont autant défensifs qu’offensifs.

Réaliste le chef d’état-major général des forces armées iraniennes,
le général Hassan Firouzabadi, déclarait le 15 décembre [Irna/AFP] que
la présence de batteries antimissiles aux frontières de la Turquie et de
la Syrie préparait le terrain à une guerre mondiale »… « Les pays
occidentaux, en cherchant à installer des Patriot à la frontière
turco-syrienne, ourdissent des plans pour une Guerre mondiale. C’est
extrêmement dangereux pour l’humanité et même pour l’Europe ». À bon
entendeur salut ! Alors que faut-il penser des déclarations rassurantes
faites à l’Université de Haïfa, le 26 déc. 2012, par Amos Yadlin, ancien
patron d’Aman – le Service de renseignements de Tsahal – jugeant que
« la politique de dissuasion d’Israël à l’égard de l’Iran fonctionnant
parfaitement bien… la probabilité d’un conflit impliquant Israël en 2013
est de sorte très faible » ?

* Les deux blocs en guerre perpétuelle dans le « 1984 » de George
Orwell. Oceania désigne clairement l’empire des Mers, soit la
thalassocratie anglo-américaine, et Eurasia, la puissance continentale.
Ici d’un côté, le Bloc constitué par l’Alliance euratlantique, la Ligue
arabe et la Turquie, lequel “confronte“ en Syrie le Bloc Russie, Chine… et virtuellement l’Inde.

Notes :

1 - Michel Chossudovsky professeur à la faculté des Sciences
sociales de l’Université d’Ottawa « Hidden US-Israeli Military Agenda :
Break Syria into Pieces » Global Research 16 June 2012

2 - Jonathan Spyer « Veteran Kurdish politician calls on Israel to
support the break-up of Syria » The Jerusalem Post May 16, 2012.

3 - En réaction au déploiement de missiles “Patriot“, Moscou se
serait décidé à livrer à la Syrie des missiles balistique Iskander
(Alexandre le Grand), à courte portée (50 à 450 km) mais d’une extrême
précision et susceptible d’emporter à la vitesse de Mach 6 ou 7 une
charge utile 680 kg, conventionnelle ou nucléaire. Par ailleurs, la
Russie a doté la Syrie du système de défense anti-aérienne multicibles
Pechora-2M dont l’efficacité s’étend aujourd’hui aux missiles de croisière.

4 – « Tsahal à Berlin » suivant des “sources extrêmement fiables“ :
« un poste de commandement conjoint israélo-américain est en cours de
mise en place sur la base américaine de Patch Barracks à Stuttgart en
Allemagne », base qui abrite l’État-Major des forces yankees en Europe. À
cela s’ajouterait que « des dizaines d’ingénieurs français et
américains arrivés en Israël ces dernières semaines ».

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