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 Ils n’ont rien à nous apprendre. Nous avons tout à leur apprendre…

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عدد المساهمات : 2827
تاريخ التسجيل : 24/01/2010

مُساهمةموضوع: Ils n’ont rien à nous apprendre. Nous avons tout à leur apprendre…   الإثنين 16 يناير 2012 - 16:15


By Rizwan Sagar (Flickr)

L’anecdote se passait sur un trottoir de Tunis par une fin
d’après-midi ensoleillée. En compagnie de ma femme, nous partions faire
un tour. De nature peureuse, et histoire de se rassurer, elle me tenait
alors par le bras. Passant notre chemin, nous avons croisé un petit
groupe de “barbus” attroupés au coin d’une rue ; et ce n’est qu’une fois
les avoir dépassés d’une bonne dizaine de pas qu’un “
habbti ydik”
(traduisons : Enlève ton bras !) nous fut lancé dans le dos. N’en
faisant qu’à ma tête, et malgré l’insistance de ma femme à “laisser
tomber”, j’ai alors fait demi-tour pour aller dire deux mots au “donneur
d’ordre”. Faisant d’abord savoir au jeune homme qui se tenait face à
moi qu’il était sans doute encore imberbe lorsque, étudiant, je passais
mes premières nuits dans les commissariats de police ; puis, la
discussion s’engageant, je lui proposai calmement de bien vouloir tester
sa culture coranique en l’invitant à me relire quelques versets que je
lui soumettais –juste me les relire et non pas me les expliquer,
c’aurait été trop lui demander-, en faisant bien attention à ne pas se
tromper de prononciation (car, je ne vous l’apprends certainement pas
chers amis lecteurs, en arabe classique, langue du Coran, l’orthographe
d’un mot est soumis à la grammaire, et donc influence par là même la
tournure que peut prendre une phrase). Ma petite stratégie
d’intimidation a bien fonctionné. Et mon jeune interlocuteur, entendant
raison, a préféré faire profil bas. L’incident fut ainsi clos.

Il convient évidemment de faire ici attention à ne pas ramener tout
barbu à un extrémiste fou. Un facile raccourci que font beaucoup de
gens, et pas que des Occidentaux, et que je refuse d’emprunter. On peut
opter pour la barbe simplement par attirance pour le “look barbu” ;
comme il serait inconvenant d’assimiler tous nos vieux chibanis à des
Ben Laden en puissance au seul motif d’arborer une barbe… L’anecdote ici
relatée, rajoutée à un certain nombre d’incidents comme ceux que
connait la Faculté de Manouba, a toutefois de quoi inquiéter. Il y a là
un condensé d’attitudes et de gestes qui témoigne de la résurgence d’un
islam sectaire, oppressant, prôné par une minorité d’individus au profil
restant indéfini et au discours moralisateur plus qu’ambigüe et
déplorable. Une frange d’activistes qui nous était étrangère jusqu’à il y
a peu d’années derrière, et qui se prétend incarner un islam rigoriste,
ouvertement inquisiteur. Un islam en réalité étranger à l’islam
lui-même, et auquel la grande majorité des Tunisiens ne s’identifie pas.


Il serait lâche, et des lâches hélas il y en a, que de ne pas

dénoncer de tels comportements. La révolution, je me vois encore
contraint de le répéter, ne doit aucunement virer à la foire aux
surenchères de toutes sortes. Quelles que puissent être nos
susceptibilités, on ne peut raisonnablement exiger tout, tout de suite.
Et il est, par-dessus tout, répréhensible, criminel même, que de vouloir
profiter de la situation encore fragile sur le plan politique et
sécuritaire pour se livrer à des manœuvres d’intimidation et d’entraves à
la libre expression. Certains se croyant ainsi affranchis de toute loi
jusqu’à se voir autorisés de dicter leurs propres codes à leurs voisins
et concitoyens ! Des attitudes d’autant plus condamnables que le
contexte historique par lequel nous passons devrait, tout au contraire,
nous inciter à nous transcender les uns et les autres pour offrir le
meilleur de nous-mêmes au service de cet idéal commun. Un idéal, bâti
autour d’aspirations simples à la dignité et à la liberté, et qui, il
n’y a pas si longtemps, nous avait unis et poussés à nous soulever comme
un seul corps. Nous nous devons de le faire pour poursuivre notre
marche vers l’avant. De quoi nous sentir accomplis, fiers de pouvoir
dire demain à nos enfants que nous nous sommes révoltés pour leur offrir
à eux un monde meilleur, plus juste et plus fraternel.

Une enquête effectuée par le journal La Presse daté du 22/12/2011
et consacrée aux réseaux salafistes en Tunisie, nous apprenait, bien
que cela ne constituait pas réellement une révélation, que les émirs à
la tête de ses réseaux, dont un certain Al Khatib Al Idrissi, sont pour
la plupart d’anciens “étudiants” en théologie formés dans les madrasas
coraniques d’Arabie Saoudite. Un détail, dois-je l’avouer, qui a vite
fait de chauffer mon sang, et qui, histoire de purger ma colère, me
force à rédiger ce modeste billet.

Ceux qui me lisent sur nawaat le savent déjà. Pendant plusieurs
années, parallèlement à mes études, j’ai travaillé dans les hôtels
parisiens, plus précisément dans deux parmi ceux situés dans le fameux
triangle Haussmann-Champs Elysées-Georges V. A maintes reprises il m’est
alors arrivé d’avoir à composer avec des “têtes à anneaux” venus du
Golf arabique. Une clientèle tout autant haïe qu’aimée (je vous
laisserais deviner pourquoi ?), et qui faisait “causer pas mal” dans les
environs ! Encore aujourd’hui, il me suffit à peine de secouer la
mémoire pour faire resurgir tout un flot de souvenirs. Des petites
scènettes toutes plus croustillante l’une que l’autre ; tout ce qu’il y a
d’ordinaire dans le quotidien d’un portier de nuit officiant dans cette
zone-là de la capitale française, et qui en disent long sur les mœurs
plus que déviants et la moralité “élastique” de nos amis Saoudiens et
autres Al Quelque chose… Entre whisky et filles de joie, le moins que
l’on puisse dire est qu’il ne restait plus alors beaucoup de place pour
une quelconque prière ! La décence ne m’autorise pas ici à m’étaler
davantage ; mais je puis vous assurer, chers amis lecteurs, qu’à moi
seul si je me mettais à “balancer”, sans doute y aurait-il déjà de quoi
faire sauter toute l’Arabie !

Ces gens-là, je le dis sans rancune aucune, mais sans complaisance,
n’ont aucun droit à s’attribuer le monopole de l’islam. Ils ne sont
nullement dépositaires non plus d’un islam qui serait plus pur, plus
vertueux que celui pratiqué par un Indonésien ou un Nigérian. Dans l’un
de mes précédents articles, paru ici même, j’ai pu dire combien l’islam
était, par essence même, une religion de la raison. Et en son temps, il y
a de ça presque quinze siècles, le Prophète lui-même avait donné
l’exemple d’une telle ouverture d’esprit en offrant aux femmes le droit
de divorcer, et en appelant à ce qu’on aille chercher le savoir jusqu’en
Chine… Nos amis du Golf, eux qui ne voyagent que pour aller dilapider
leur fric et faire rire le monde entier de leurs frasques nocturnes,
feraient bien de s’en inspirer. Eux, qui, maladivement, s’obstinent à
rester enfermés dans des astreintes dogmatiques nullement justifiables,
et qui, le temps passant, confinent à la pétrification intellectuelle et
à l’immobilisme social. Demeurant ainsi réfractaires à la moindre
ouverture, ils interdisent encore et toujours aux femmes des droits
aussi élémentaires que celui de voter ou de conduire une voiture ; les
contraignant déraisonnablement à se draper de noir, jusqu’à se priver du
moindre rayon de soleil et se voir à l’arrivée exposées à un déficit en
vitamine D (une vitamine dont la synthèse dans l’organisme est
dépendante de l’ensoleillement, indispensable entre autres à la
calcification osseuse, et dont le manque engendre de sérieuses
conséquences sanitaires (ostéoporose, risque de maladies
cardio-vasculaires…). Un déséquilibre physiologique survenant, comble de
l’ironie, dans des pays où le soleil tape à longueur d’année.

Je ne peux clore ma petite diatribe sans rappeler quelques vérités
simples. Dire qu’il suffit d’un rapide parcours de l’histoire de l’islam
pour s’apercevoir qu’il n’a gagné ses lettres de noblesse que lorsqu’il
s’est ouvert sur le monde. Sortant de l’Arabie, après les premiers
conflits fratricides (la bataille dite du chameau et tout ce qui a
suivi), pour aller sur les terres des Abbassides et plus tard les Perces
et les maures de l’Andalousie. Comme il est tout autant instructif de
parcourir la liste des hommes qui ont incarné le rayonnement de la
pensée et de la science islamiques, Avicenne, Averroès, Ibn Kaldoun, Ibn
Jabeur, pour ne citer qu’eux, pour s’apercevoir là encore que l’islam
ne s’est enrichi humainement et intellectuellement qu’en allant puiser
dans les autres civilisations, loin des terres de l’Arabie. Cela nos
amis Orientaux doivent le comprendre. Que c’est bien à eux de faire leur
mue et de s’ouvrir au monde (…il n’est jamais trop tard !). Et c’est de
notre devoir, maintenant que nous pouvons le faire, d’aller soutenir
les différentes composantes des sociétés civiles dans ces pays (et qui
existent bel et bien) dans leur combat pour plus d’ouverture, plus de
pratique démocratique. Ils ont besoin de nous. Et sans doute
nourrissent-ils l’espoir, encore plus en ce moment, de nous voir leur
tendre la main.

Bien que dans la douleur, et n’en déplaise aux pessimistes-nés et aux
détracteurs de tous poils, la Tunisie nouvelle est bien née. Elle est
là. Elle se débat, frétille de toutes ses ailes et n’aspire qu’à
s’envoler… Au sein de cette Tunisie-là, il y a de la place à tout le
monde. A tous les courants de pensée, et à toutes les volontés
constructives. Nous nous enorgueillirions d’incarner une telle ouverture
d’esprit et de nous montrer en exemple. Et bien qu’il reste tant
d’efforts encore à fournir et bien de chemin à faire, je ne peux douter
qu’un peuple comme le nôtre, qui de tout temps a été connu pour sa
tolérance, son pacifisme et son ouverture sur l’extérieur, ne puisse pas
relever un tel défi.

En ce sens, nous n’avons de leçons à recevoir de qui que ce soit. Et
nos amis Saoudiens, plus particulièrement eux, je le dis sans prétention
aucune, n’ont strictement rien à nous apprendre. Ils n’ont ni à nous
dicter leur manuel du bon musulman, ni à nous expédier leur cohorte
d’illuminés pour venir nous inculquer les règles d’une supposée vertu
qu’ils feraient d’abord mieux de se les appliquer à eux-mêmes. Eux qui
ouvrent grands leurs bras à des dictateurs ayant le sang des musulmans
sur leurs mains, et qui ne daignent pas remplir les coffres de leurs
banques, déjà bien pleines, avec de l’argent sale volé aux peuples
affamés, n’ont nulle leçon à nous donner. Encore mieux, ils feraient
bien de nous “foutre la paix” ! Non seulement nous ne leur demandons
rien, mais il leur serait vivement conseillé, si la sagesse leur
prendrait un jour, d’accepter de jeter un œil en notre direction. Ils
verront alors qu’ils ont tout à apprendre de nous.


Habib Kaltoum | Jan 16, 2012
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